De la liberté de penser à la remise en question

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Image générée avec ChatGPT

La liberté de penser a constitué ma première orientation depuis juillet 2023, où j’ai explicité le concept d’ « orientation de vie1 », jusqu’à aujourd’hui. Dans le prolongement des Lumières2, je la concevais comme une manière de remettre en question de façon rationnelle les dogmes, les préjugés et les pratiques. Cependant, j’étais conscient des dangers d’une liberté de penser sans bornes3, qui autorise à se créer « un monde » et à y vivre en s’isolant autant que possible de réalités et de vérités contraignantes.

Sans atteindre nécessairement des formes extrêmes, chacun, dans sa sphère, entretient des idéalisations associées à des logiques de sécurité, de maîtrise, voire de domination. Dans cette perspective, la liberté de penser n’est pas liée à la rationalité et à la science, mais à la possibilité de penser ce que l’on désire. C’est pourquoi elle m’apparaît trop ambivalente. Le point commun entre la liberté de penser des Lumières et la liberté de penser sans bornes est le refus d’une sujétion intellectuelle. Mais tandis que les Lumières s’appuyaient sur la raison pour remettre en question les préjugés, les conservatismes contemporains rejettent celle-ci.

Le contexte historique dans lequel nous vivons, influencé par les réseaux sociaux et par les extrêmes politiques, montre combien la création de mondes imaginaires, déconnectés de la réalité, peut engendrer des drames planétaires. Faut-il, dans ces conditions, se laisser guider par la « rationalité » ? La raison a cette limite qu’elle peut prendre appui sur des prémisses morales dont découlent diverses violences. Il n’existe pas une unique rationalité mais des logiques, chacune dépendant des hypothèses sur lesquelles elle repose.

En amont de toute logique, fruit d’une construction rationnelle, il existe des interrogations. Mon parcours intellectuel procède de remises en question majeures, qui constituent l’impulsion première plus encore que la liberté de penser. Le questionnement élargit les horizons, éloigne des préjugés et permet de réexaminer les choses, de les mettre en doute, sans pour autant s’installer indéfiniment dans l’absence de réponses, à la manière du sceptique. 

C’est pourquoi la liberté de penser cède la place aujourd’hui à la remise en question en tant qu’orientation première. Elle est effectivement première dans le cheminement intellectuel, et elle facilite la prise de distance qui, à son tour, favorise une certaine paix.

Notes

1 https://damiengimenez.fr/de-la-preponderance-du-choix-dans-les-cultures-occidentales/#Choix_vs_conception_dorientations

2 https://damiengimenez.fr/progres-et-limites-de-la-liberte-de-penser-en-europe-du-xvie-au-xviiie-siecle/

3 https://damiengimenez.fr/wpdgi_instant/dangers-dune-liberte-de-pensee-et-dexpression-sans-bornes/


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